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Me Louis Sirois, LL.B. Avocat et conseils · Vices cachés
Vous êtes poursuivi

Vous êtes poursuivi pour vice caché : comment vous défendre.

Une mise en demeure qui réclame 40 000 $, 80 000 $ ou davantage pour un problème dont vous ignoriez tout est un choc. Ce n'est pas un jugement. L'acheteur a un fardeau de preuve exigeant, et vous avez des droits — à condition de les exercer dès maintenant.

En résumé

  • Une mise en demeure pour vice caché n'est pas un jugement : l'acheteur doit prouver que le vice est grave, caché, antérieur à la vente et inconnu de lui (art. 1726 C.c.Q.). Chacune de ces conditions peut être contestée.
  • Exercez immédiatement votre droit de constater le vice sur place avec votre propre expert (art. 1739 C.c.Q.), et n'écrivez rien d'engageant avant d'avoir analysé le dossier.
  • Défenses fréquentes : vice apparent pour un acheteur prudent et diligent, vice connu ou déclaré, usure normale ou entretien déficient, dénonciation tardive ou réparations faites sans vous, clause d'exclusion de garantie (art. 1732-1733 C.c.Q.), prescription de trois ans, montant exagéré.
  • Vous pouvez appeler en garantie votre propre vendeur, l'entrepreneur, l'inspecteur ou le fabricant si le vice remonte à eux.
  • Si vous ignoriez le vice, votre responsabilité se limite en principe à la réduction du prix ou à la restitution — pas aux dommages-intérêts (art. 1728 C.c.Q.). Beaucoup de dossiers se règlent pour une fraction de la somme réclamée, ou sont rejetés.

Information vérifiée par Me Louis Sirois, avocat (Barreau du Québec, 1987) · Mise à jour :

Les premiers jours

Vous venez de recevoir une mise en demeure : les cinq réflexes

La plupart des erreurs qui coûtent cher aux vendeurs se commettent dans les jours qui suivent la réception de la lettre.

  1. Ne l'ignorez pas

    Le silence n'arrête rien : l'acheteur peut faire exécuter les travaux, puis vous poursuivre, et votre absence de réaction sera invoquée contre vous. Un dossier de petites créances ou une demande en justice peuvent être déposés sans autre avertissement.

  2. Demandez à constater le vice

    Répondez par écrit, rapidement, que vous souhaitez constater le vice sur place avec votre expert avant tout travail (art. 1739 C.c.Q.). C'est votre droit, et le point de départ de toute défense sérieuse : un acheteur qui vous le refuse, ou qui a déjà tout réparé, affaiblit considérablement sa position.

  3. N'admettez rien

    Ni par courriel, ni par texto, ni au téléphone. Les excuses, les explications spontanées (« c'est vrai qu'il y avait eu une petite infiltration en 2019 ») et les offres faites sous le coup de l'émotion se retrouvent en preuve.

  4. Réunissez vos documents

    Acte de vente, promesse d'achat, déclarations du vendeur sur l'immeuble, rapport d'inspection préachat de l'acheteur s'il y en a eu, factures des travaux faits pendant votre occupation, photos de l'époque, courriels, nom de votre propre vendeur et de vos entrepreneurs.

  5. Vérifiez vos contrats d'assurance

    Certaines polices d'assurance habitation, de responsabilité ou de protection juridique peuvent couvrir en tout ou en partie les frais de défense. Vérifiez et avisez votre assureur dans les délais prévus au contrat.

Vos moyens de défense

Les neuf moyens de défense du vendeur poursuivi pour vice caché

Le fardeau de preuve est sur l'acheteur. Chaque condition de l'article 1726 C.c.Q. et chaque exigence de procédure est une porte d'entrée pour la défense.

1. Le vice était apparent

Un acheteur prudent et diligent aurait pu le constater sans expert (art. 1726, al. 2 C.c.Q.). Des indices visibles — taches, fissures, odeur d'humidité, toiture visiblement en fin de vie — qui auraient dû inciter l'acheteur à pousser l'examen ou à consulter un expert jouent en votre faveur. L'absence d'inspection préachat devant de tels indices peut être retenue contre lui.

2. L'acheteur connaissait le vice

Vous l'aviez déclaré dans le formulaire de déclarations du vendeur, mentionné lors des visites ou dans un courriel; il figurait au rapport d'inspection préachat; le prix avait été négocié à la baisse en raison du problème. Un vice connu n'est pas garanti (art. 1726 C.c.Q.).

3. Le vice n'existait pas lors de la vente

Usure normale d'un immeuble ou d'un véhicule de cet âge; entretien déficient depuis la vente; travaux ou modifications faits par l'acheteur; événement postérieur (gel, refoulement, accident). L'acheteur doit prouver l'antériorité, et plus le temps a passé, plus c'est difficile.

4. Le vice n'est pas assez grave

La garantie ne couvre ni les imperfections mineures, ni les désagréments, ni les améliorations que l'acheteur souhaite apporter. Un défaut qui n'empêche pas l'usage normal du bien et qui se corrige à faible coût n'est pas un vice caché au sens de la loi.

5. Dénonciation tardive ou absente

Si l'acheteur a réparé avant de vous aviser, ou vous a dénoncé le vice longtemps après l'avoir découvert, vous avez été privé de votre droit de le constater et de proposer une solution (art. 1739 C.c.Q.). C'est l'un des moyens de défense les plus efficaces.

6. La clause d'exclusion de garantie

Vente « sans garantie légale » ou « aux risques et périls de l'acheteur » (art. 1732 C.c.Q.). Elle protège le vendeur qui ignorait le vice; elle ne protège pas celui qui a tu un vice qu'il connaissait ou ne pouvait ignorer (art. 1733 C.c.Q.). Sa rédaction exacte et votre statut (professionnel ou non) sont déterminants.

7. La prescription

Trois ans à compter de la découverte ou de la première manifestation du vice (art. 2925 et 2926 C.c.Q.). Une demande déposée hors délai est irrecevable, et une mise en demeure n'interrompt pas la prescription (art. 2892 C.c.Q.).

8. La contestation du montant

Coût des travaux exagéré ou non étayé; travaux sans lien avec le vice; améliorations et plus-value incluses dans la réclamation; dommages non prouvés; absence de rapport d'expert. Même lorsque le principe de la garantie est acquis, le montant se discute presque toujours.

9. L'appel en garantie

Si le vice remonte à votre propre vendeur, à l'entrepreneur qui a fait les travaux, au fabricant, ou à l'inspecteur qui vous avait rassuré lors de votre propre achat, vous pouvez les appeler en garantie dans la même instance pour qu'ils supportent tout ou partie de la condamnation.

Le point sensible

Et si vous connaissiez le vice?

Soyez franc avec votre avocat : c'est protégé par le secret professionnel, et c'est la seule façon de bâtir une stratégie réaliste. Le vendeur qui connaissait ou ne pouvait ignorer le vice s'expose à des dommages-intérêts en plus de la réduction du prix (art. 1728 C.c.Q.), ne peut invoquer la clause d'exclusion de garantie (art. 1733 C.c.Q.) ni la dénonciation tardive (art. 1739 C.c.Q.), et peut faire face à une allégation de dol.

Dans ce cas, la stratégie vise souvent un règlement rapide et raisonnable, en contestant le montant et les dommages réclamés plutôt que le principe, et en faisant intervenir ceux qui doivent partager la responsabilité. Un règlement bien négocié coûte presque toujours moins cher qu'un jugement défavorable assorti des frais d'expertise, des intérêts et de l'indemnité additionnelle.

Vous ignoriez le vice? Votre responsabilité se limite alors, en principe, à la réduction du prix (ou à la restitution du prix si la vente est annulée) — sans dommages-intérêts (art. 1728 C.c.Q.). C'est souvent une différence de plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Le déroulement

Comment se déroule la défense?

  1. Réponse écrite à la mise en demeure

    Lettre qui conteste la réclamation, exerce votre droit de constater le vice, demande les documents (rapport d'expert, factures, photos) et réserve vos droits — sans rien admettre.

  2. Visite et contre-expertise

    Constat sur place avec votre expert; rapport qui répond point par point à celui de l'acheteur : caractère apparent, antériorité, gravité, coût réel des correctifs, plus-value.

  3. Négociation, médiation, conférence de règlement

    Une fois les forces et faiblesses du dossier connues, discussion d'un règlement — qui peut aller de zéro à une fraction de la somme réclamée — ou médiation.

  4. Défense devant le tribunal

    Contestation écrite aux petites créances, ou défense formelle devant la Cour du Québec ou la Cour supérieure : interrogatoires, échange des expertises, procès. Demande reconventionnelle au besoin.

  5. Appel en garantie

    Mise en cause de votre propre vendeur, de l'entrepreneur, de l'inspecteur ou du fabricant pour qu'ils répondent, dans la même instance, de la part de responsabilité qui leur revient.

Ce que je fais pour vous

La défense d'un vendeur, du premier jour au règlement.

  • Analyse immédiate de la mise en demeure ou de la demande en justice et des délais pour répondre ou contester
  • Réponse écrite qui exerce vos droits sans rien admettre
  • Choix de l'expert et rédaction d'un mandat de contre-expertise ciblé
  • Identification de toutes les parties à appeler en garantie
  • Négociation, médiation et représentation devant la Cour du Québec et la Cour supérieure; préparation de votre contestation aux petites créances
Questions fréquentes

Questions fréquentes des vendeurs

Je suis vendeur : l'acheteur me réclame une grosse somme. Dois-je payer?

Pas avant d'avoir analysé le dossier. Une mise en demeure n'est pas un jugement. C'est à l'acheteur de prouver que le vice est grave, caché, antérieur à la vente et qu'il l'ignorait. Vous avez le droit de constater le vice sur place avec votre propre expert avant tout travail. Les moyens de défense sont nombreux : vice apparent, vice déclaré ou connu, usure normale, entretien déficient, dénonciation tardive, clause d'exclusion de garantie, prescription, montant exagéré, appel en garantie de votre propre vendeur ou de l'entrepreneur. Beaucoup de dossiers se règlent pour une fraction du montant réclamé — ou sont rejetés.

Quelle est la différence entre un vice caché et un vice apparent?

Le vice apparent est celui qu'un acheteur prudent et diligent peut constater sans avoir besoin de recourir à un expert (art. 1726, al. 2 C.c.Q.). Il n'est pas garanti : l'acheteur est censé l'avoir vu et en avoir tenu compte dans le prix. Le vice caché, lui, échappe à un examen attentif mais non spécialisé. Une tache d'humidité visible au plafond est apparente; la pourriture de la charpente derrière un mur fini ne l'est pas. Attention : un indice visible (fissure, odeur, trace d'eau) peut obliger l'acheteur à pousser l'examen ou à consulter un expert, faute de quoi le vice qu'il aurait découvert pourra être jugé apparent.

Un vendeur peut-il être poursuivi plusieurs années après la vente?

Oui. Le délai de prescription de trois ans court à compter de la découverte du vice (ou de sa première manifestation), non à compter de la vente. Un vice découvert quatre ans après l'achat peut donc donner lieu à un recours. En revanche, plus le temps passe, plus il devient difficile pour l'acheteur de prouver que le vice existait déjà lors de la vente et qu'il n'est pas dû à l'usure normale ou à un défaut d'entretien.

Puis-je poursuivre l'inspecteur en bâtiment ou le courtier?

Dans certains cas. L'inspecteur préachat a une obligation de diligence envers son client, limitée par son contrat et par les normes de pratique de l'inspection visuelle; il peut être tenu responsable s'il a omis de signaler un indice qu'un inspecteur compétent aurait relevé. Le courtier immobilier a des obligations de vérification et de divulgation. Ces recours s'ajoutent, selon les faits, au recours contre le vendeur, et peuvent aussi être exercés par un vendeur poursuivi qui s'était fié à son propre inspecteur ou à des travaux réalisés par un entrepreneur (appel en garantie).

J'ai acheté « sans garantie légale ». Ai-je encore un recours?

Pas nécessairement perdu. Les parties peuvent effectivement exclure la garantie (art. 1732 C.c.Q.), mais le vendeur ne peut exclure ni limiter sa responsabilité s'il n'a pas révélé les vices qu'il connaissait ou ne pouvait ignorer (art. 1733 C.c.Q.), et il ne peut jamais se dégager de ses faits personnels. La portée exacte de la clause dépend de sa rédaction (« sans garantie légale » n'équivaut pas toujours à une vente « aux risques et périls de l'acheteur ») et du statut du vendeur (professionnel ou non). Des fausses déclarations peuvent aussi fonder un recours pour dol (art. 1401 C.c.Q.). Chaque clause doit être analysée.

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Sources de droit citées sur cette page

Les textes de loi et la décision citée ont été consultés sur LégisQuébec et CanLII. Les renvois sont donnés à titre d'information; seule l'analyse de votre dossier par un avocat permet de déterminer les règles applicables à votre situation.

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